Assister à ses cours relève d'une expérience paranormale à chaque fois dépassée dans son intensité par l'heure suivante. Cette enseignante ayant une réputation qui la précède, et ayant par habitude de me méfier des on-dits – surtout quand ils concernent les profs forcément mal aimés par 90% des élèves, tradition oblige – je n'y croyais pourtant pas jusqu'à le vivre. Et bien si ! Mme P-A n'est pas qu'une légende.
La première rencontre reste dans ma mémoire l'archétype du grand n'importe quoi ; une impression d'hallucination auditive et visuelle, fugace rencontre avec le divin, magique exhaltation d'être en présence d'un clone approximatif de l'esprit d'un Jean Claude Vandamme qui aurait trop fumé de nori ou d'une prof d'arts plastiques, cette matière où des profs 68-ards vous exhortent à peindre n'importe comment entre deux accumulations très contemporaines de bouchons de bouteille plastique et de canettes pliées, qui aurait abusé de shiitake hallucinogènes (ceux qui n'ont pas connu ça devrait regarder Ghost World).
Si la majeure partie de ses propos est confuse et difficilement retrancriptible, les plus fidèles lecteurs de ce blog auront remarqué leur pertinence régulièrement mise en exergue dans La Citation Du Moment.
On ne sait pas trop d'où elle tient ses connaissances à vrai dire, mis à part quelques années d'Inalco sans diplôme à la sortie (rumeur vraisemblable), on sait juste que l'information est ré-interprétée systématiquement par l'artiste qui sommeille en elle. Et l'art on en bouffe à tous les cours, vous vouliez apprendre à dire « peinture à l'œuf » en japonais ?
Une chose est sure, on ne sait pas trop non plus ce qu'on traduit, pourquoi on le traduit (ses recherches perso ?? sa soutenance ?), ni la véritable correction. On sait seulement que sa technique de traduction est simple : on prend la phrase on la regarde droit dans les yeux on la déleste de son sens initial en enlevant une bonne dizaine de mots, on en rajoute une trentaine, et on obtient la phrase qu'on voulait sans avoir à traduire.
Amusant au premier cours, tout devient vite lassant. Entre deux expressions outrées de sa philosophie de l'enseignement – qu'elle ose appeler pédagogie –, énorme crachat dans la soupe qui nourrit son incompétence depuis des années, les diverses réinterprétations fantaisistes des règles de grammaire de nos livres de référence et les explications étymologico-fumistes des ses cher kaaaanji on devient rapidement nerveux. Le genre de nervosité qui vous fait rêver de la faire se taire à coup de parpaing.
Comme je viens de le dire, son crédo principal, si l'on excepte la non-existence des virgules et des points en japonais, reste l'apprentissage des idéogrammes, qu'elle décrète inutile au moins une fois par cours (déclaration généralement suivie d'une critique de la politique de la section japonais de Lyon 3) avant de confier à l'auditoire consterné sa technique miracle : l'étymologie. L'idée même que beaucoup d'idéogrammes soient utilisés pour leur son et non pas pour leur sens ne semble d'ailleurs pas la déranger outre mesure.
Quelque soit l'année, Mme P-A fonctionne pareil. Quand elle vient en cours, ou n'est pas trop en retard, ou ne raconte pas sa vie, elle distribue un texte et le découpe en fonction du nombre d'élèves. Ces derniers sont chargés de disséquer une à deux phrases au cours suivant, et si possible de faire durer ça pendant 1h30 voire 2h, durée moyenne d'un cours. Le point important étant bien entendu... l'étymologie. Evitez donc de trop la contredire, elle pourrait vous prendre en grippe et s'amuser à baisser vos notes.
Ses cours d'oralité (de laboratoire de langue) sont aussi très particuliers, puisqu'ils consistent généralement en une discussion sur tout et n'importe quoi (sa vie, son œuvre, l'orientation des élèves, le travail au japon...), en français bien entendu, après quoi tout est bon pour se débarasser plus tôt des élèves (il fait beau aujourd'hui, il y a bientôt les examens, vous avez beaucoup travaillé, etc.).
Quand ils ne contiennent pas eux-mêmes des fautes graves (ex. 友建 surmonté des magnifiques furigana ともたつ qui voulait sans doute dire 友達) ses sujets d'examens oscillent entre le foutage de gueule, et... le foutage de gueule (et à l'oral n'en parlons pas...).
Exemple amusant d'une question comptant pour environ la moitié de la note d'un examen de LLCE deuxième année (preuve bientôt disponible ici-même) :
Commentez ce caractère : 駅
Les amateurs de grammaire et de linguistique apprécieront ces quelques citations, données généreusement (univkimengumi@hotmail.fr) par plusieurs de ses anciens élèves et les généreux commentateurs de ce post :
- La forme en て exprime TOUJOURS une notion de cause. Si, si toujours. Exemple : 歩いて学校に行きます。
- Si, si cette phrase c'est du passif. Tenez, on va réviser le passif ensemble. « Je ferme le parapluie ; Parapluieをさす»
- A votre âge je parlais bien mieux français que vous.
- そうですね…LLCEのdeuxième semestreのexamensはちょっと…plus facileと思います。Ne vous inquiétez pas.
- Les kanji sont carrés, parce que les chinois voient tout carré.
- Enchaîner des actions ? Ça veut rien dire ça ! Enchaîner ? Avec des chaînes ?!
- Les katakana ça c'est la seule chose importante.
- Je suis une linguiste férue, une puriste de la langue française, « partisante » de...
Cette fumisterie me parait encore plus choquante que l'habituelle désinvolture des élèves ou la multitude de gougnafiers qui végètent en cours. Bien que n'étant pas « professeur » à proprement dit, cette personne ne parlant ni ne comprenant le japonais correctement, inonde le cerveau de ses élèves à longueur de TD (encore heureux, elle ne prend que très rarement l'appel, et sur un set de table McDo froissé qui finira sans doute à la poubelle) de conneries plus grosses qu'elle.
Excentrique ou pas, case en moins ou pas, sympathique ou pas, une chose est sure tout le monde est au courant de tout ça, et personne ne fait rien. Encore une victoire de l'incompétence et une preuve du manque d'effectif en section japonais...
PS : Mes excuses pour ce message très centré sur Lyon 3 et ses petites histoires, mais il fallait bien que quelqu'un se dévoue pour en parler. Et puis certains ont bien eu des profs étranges ailleurs, non ?
PS bis : Merci aux ajouts des « anonymes » et autres commentaires qui m'ont permis d'enrichir le post.
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