14 juillet 2007

Chacun sa route…


Juste un petit message concernant ceux qui s'inscrivent en ce moment à Lyon 3, de petits jeunes fraîchement émoulus des bancs du lycée qui viennent s'échouer sur d'autres bancs, pas forcément plus confortables mais certainement plus valorisants.
On va en voir une partie parader à la rentrée, la clope au bec, 3 poils au menton, le portable assorti au sac kitty, ils parleront sans cesse de leurs beaux rêves de carrière (traduction de manga, job à SquareEnix ou Nintendo, Empereur du Japon, mari de Koda Kumi, objet sexuel d'un des membres de Dir En Grey…) et des profs qui sont trop cons et qui décidément ne leurs facilitent pas leur vie de cloporte. De mon temps c'était pareil, sans l'iPod et avec moins de gens. Car la population de première année est exponentielle, on croit toujours que ça va s'arrêter mais non… tels les gremlins ils se multiplient et ils sont durs à exterminer. D'un côté si on ne donnait pas le bac à des gens qui ne savent pas écrire…

Un premier message concis pour une bonne partie de ces nouveaux venus : fuyez !
Et si vous êtes des blaireaux en jap après un an, réorientez vous par pitié. On peut aimer la musique sans pour autant faire musicos, pour le japonais dites vous que c'est pareil.

Voilà donc mes conseils d'orientation à 2 cents

Les LEA se sont fait traiter pendant de nombreuses années comme des intouchables, la caste d'élu étant celle des LLCE, adoubés automatiquement à l'inscription. Les tensions dépendent des promotions, et certains profs prennent un malin plaisir à les attiser. On se prend en général dans la tête des remarques sympathiques sur la pseudo-différence de niveau de japonais entre section – il parait que ça a changé, normal les LLCE vont presque au même rythme maintenant. Les moins vexant aiment à rappeler que LEA c'est complétement différent parce qu'il y a le droit et l'anglais pour nous pourrir la vie. Bon si on rétablit les fait il y a aussi une bonne dizaine d'heure de cours en plus.
On vous a peut-être vendu LEA comme le moyen de devenir traducteur, journaliste, interprète, PDG de Nissan… oubliez tout ça. Brillant vous serez éventuellement amenés à bosser dans le commerce, le marketing (souvent pas vraiment en rapport avec le Japon). Eventuellement parce qu'on vous rappellera sans cesse que vous n'avez pas fait d'école de commerce donc que vous n'être rien, donc vous ferez secrétaire… oups… assistant.

D'ailleurs les profs ne vous cacheront plus vraiment ce fait dès votre 4ème année. Pour travailler au Japon il faut avoir de vraies connaissances, pas uniquement savoir parler japonais, ça c'est juste un bonus. (Professeur de Japonais de Lyon3)
Les cours ne sont pas forcément très attirants, à peu près aussi sexy que Ueto Aya ou un lampadaire en fait. Business, business, business, et jamais très profondément en plus. Donc vous êtes formés à tout sans l'être vraiment (compta, marketing, économie, droit civil, droit des affaires, droit international… ah ? Lyon3 c'est une fac de droit ?).
Dans ces conditions il vaut mieux partir au Japon dès la 3ème année pour se noyer dans l'alcool et le stupre. Pour ça il faut être bon au vu du changement du jury cette année, vraisemblablement définitif, et de l'hécatombe qui a suivi.
Si vous arrivez jusqu'en Master 2 (5ème année) il faudra trouver un stage en entreprise pour le 2ème semestre, et si vous n'êtes pas déjà parti en terre promise vous pourrez compter sur la pitié des profs à moins d'être vraiment nul. Après il vous faudra chercher un boulot, et comme vous n'avez pas fait d'école de commerce… tant pis pour vous. Si vous avez arrêté à la Licence, euh… bon courage.

Les LLCE sont les vrais, ceux qui sont fans du Japon, ceux qui vont se nourrir de japonais matin-midi-soir et passer leur 2kyuu au bout de 3 ans, ceux qui deviendront japanologues. Oui bon, ça c'est sur le papier.
Si on aime la culture japonaise on est déjà plus motivé qu'en LEA, pas de matières économiques barbantes, et juste 1h30 de LV2/semaine. Cours redouté par bon nombre d'élèves, c'est d'ailleurs amusant de voir que des gens qui ont à peine un niveau d'anglais de collège tentent d'apprendre une langue dite complexe à la fac.
L'option la plus commune est la seconde langue asiatique, j'en ai déjà parlé précédemment, je vais donc éviter de me répéter.
Alors on trouve du boulot avec LLCE ? Et bien… non pas vraiment, encore moins qu'avec LEA à vrai dire. Si on est très bon et motivé on va jusqu'au doctorat (bac +6) qui vous entrouvre les portes de l'enseignement en fac (en sachant que 4-5 élèves vont jusque là). Entre temps on fait comme en LEA, on part glander dans une fac au Japon (mais pas en M2), et si on est très con on clame qu'on est génial parce qu'on a été accepté dans telle ou telle fac de prestige, ce qui est techniquement faux. Et oui, on est juste un élève en échange.
En M1 on est orienté plus ou moins contre son gré en Master Pro. Là encore il y a une grosse différence entre la version papier et la réalité : c'est un Master de formation professionnalisante dédié à la traduction qui en fait n'existe pas, donc on se retrouve en semi-LEA. Oui c'est un peu de l'arnaque, mais c'est pas grave, les profs LLCE ne se soucient au final que des futurs doctorants, ces heureux élus qui sont accepté en Master de recherche, par conséquent les futurs instruments de la renommée du département et de Lyon3.
En gros, Master pro donne les même chances que LEA d'avoir un travail, et le Master recherche trace votre avenir de professeur/chercheur.

Je me souviens avec nostalgie de ma naïveté adolescente : la fac serait un lieu où j'apprendrais ce que j'ai choisi, enfin, et où mes camarades seraient motivés également puisqu'ils auront décidé d'eux-même leur orientation. Cruelle désillusion et ce quelque soit la filière ou même la fac je suppose.
Je ne dit pas qu'on ne fait rien avec un diplôme LEA ou LLCE en poche, et que personne n'arrive à rien. Mais pour le boulot au Japon, la traduction, ou que sais-je encore… renseignez vous. Enfin c'est votre vie après tout.


PS : Pour la traduction, il y a des écoles spécialisés et en général tout se fait par concours/exams, autant donc passer son JLTP niveau 1 ou autres (pas besoin de la fac pour ça). Sinon, pour info, le Master sélectif LEA de traduction de Grenoble n'existe pas, ça doit juste être joli à marquer sur leur site. Ailleurs je ne peux pas vous aider.

10 juillet 2007

La transhumance otakienne


Le week-end dernier des milliers de lobotomisés ont dépensé leurs économies, fait chauffer la CB de papa-maman ou continué d'agraver leurs dettes. Et oui, les moutons sont nombreux, et même si la moyenne d'âge chute d'année en année dans ces manifestations un bon paquet vient des facs de japonais.
Bon, je sais, chacun ses choix tout ça, blablabla… et après ce laïus enthousiaste sur la liberté d'expression je vais profiter de la mienne.

Vous avez déjà payé pour rentrer à Carrefour ? à la Fnac ? Et bien ça ne dérange pas le moins du monde les dévots en visite au temple du manga et de la culture japonaise qui a lieu (presque) tous les ans : Japan Expo. Les lyonnais les plus stupides auront déjà craché une partie de leur argent en novembre pour l'Asian Touch, qui proposait de payer pour accéder au néant dans le froid et la mauvaise humeur, comme quoi on trouve toujours pire, mais le summum de l'arnaque reste quand même cette grand-messe parisienne estivale, qui sous le prétexte de faire venir des stars japonaises (chanteurs à la retraite, catchers de seconde zone…) fait cracher un max à ses visiteurs, pélerins ravis de payer une obole obligatoire de 12€/jour. Et tout ça pour quoi ?
Une fois dans l'enceinte sacrée vous avez le choix : concours odorants (jeux vidéo), concours avilissants (cosplay, karaoke), concours débiles (quiz), activités clichées (jeu de go, origami, stand de maid, regarder des mecs avec des katana…), obtenir des gribouillons de pseudo artistes (99,99% du fanzinat), shopping (boutiques), shopping (stylisme amateur gothico-hideux), shopping (fanzines), et encore shopping (cd, poster, n'importe quoi sur un artiste dont on a découvert le nom la semaine précédente…) pour obtenir une dédicace indispensable à sa survie et sa santé mentale parce qu'on est trop trop fan quoi – cette année c'est HALCALI et Nana Kitade qui ont eu droit à leur 15mn de gloire en France.
Avec un peu de chance on peut avoir une dédicace d'un mangaka dont on apprécie vraiment le travail, sinon d'un mec de BD franco-belge perdu là et dont on se contrefout… comme tout le monde.

Après 36h d'attente pour peut-être avoir un ticket pour faire la queue pour avoir une dédicace (d'un empaillé visual kei la plupart du temps), le fanatique est heureux, et même après avoir craché 200€ pour chopper un ticket. C'était son chemin de croix, il a prouvé sa foi, plus encore que lors de sa cérémonie sacrificielle de sac noir avec du blanco. Plus rien n'est étonnant, à Japan Expo les miracles se produisent et l'on fabrique de l'or avec des bouts de papier numérotés ; des tarés avaient bien acheté des cartons vides de la marque de Mana pour un prix équivalent…

Impossible pour moi d'avoir de la considération pour ceux qui se rendent chaque année dans ce temple du consumérisme otakien avec la même dévotion puis passent l'année à le critiquer pour mieux s'y rendre ensuite. Impossible pour moi d'avoir une quelconque sympathie pour ces personnes qui souvent végéteront dans les classes surchargées de japonais pendant 2 à 3 ans plombant le niveau général de leurs références culturelles pathétiques.
Mais surtout, impossible pour moi d'avoir le moindre respect pour les organisateurs de cet événement qui offre à ses visiteurs le droit de consommer et un accès à la culture japonaise aussi clichée que dictée par les demandes d'un public qui à 12 ans d'âge mental.

Le nivellement par le bas, ce n'est pas que sur TF1.